Récemment Rick Beach a publié un post sur son blog nous rappelant l'accident d'un SR22 survenu à Zurich en octobre 2008.
Bien que le rapport définitif du BEAA suisse n'ait pas encore été publié, l'enregistrement des conversations entre le pilote et le contrôle sont accessible sur internet.
Patrick Dupont me rappelait combien il se sentait concerné par cet accident, le pilote de l'avion étant particulièrement expérimenté, entrainé et paraissant calme et professionnel dans ses conversations en anglais avec le contrôle suisse.
Sans préjuger du résultat définitif de l'enquête en cours, il est intéressant de comprendre l'enchaînement qui a conduit à cette tragédie. Et bien se persuader que nous aurions probablement agi de la même manière que le pilote de cet avion. Ce n'est qu'en comprenant cette succession de prise de décisions critiques que nous avons une chance de modifier notre comportement et de peut-être nous éviter un tel accident.

Cet accident est effectivement terrible car il résulte d'une panne
fréquente sur nos avions et implique un pilote qui était expérimenté et
entrainé.
J'avais été très affecté par cet accident, considérant que je
pouvais me retrouver avec Sophie, les enfants ou des amis dans une
situation similaire et réagir exactement de la même manière que ce
pilote et aller à la catastrophe.
En l'absence du rapport définitif nous ne pouvons que spéculer sur les causes exactes.
J'avais écouté attentivement et retranscri l'essentiel de la bande à l'époque (ici).
Ma conviction est que jusqu'au bout le pilote a gardé les instruments
essentiels fonctionnels, son calme et la certitude qu'il contrôlait la
situation.
L'accident est comme toujours la succession d'évènements qui
pris séparément sont tous bénins.
- Sa première erreur est de ne pas avoir déclaré d'urgence.
En rentrant
à Paris en IFR j'ai souvent entendu des avions Air France déclarer
l'urgence en commençant tous leurs messages par "mayday mayday mayday" même si chaque fois heureusement il ne s'agissait que de "fausses"
pannes comme un voyant alarme porte non verrouillée ou incendie moteur
qui n'était pas réellement vérifiés. Cette phraséologie incite le
contrôleur à proposer des directes et raccourcis et rappellent à tous les
autres avions sur la fréquence la priorité qu'ils doivent laisser. J'ai vu
en simulateur comment on apprend aux pilotes de ligne à utiliser cette
phraséologie dès qu'un paramètre vital de l'avion est susceptible d'être
en panne. Nous devons nous aussi nous entraîner de la sorte et ne
jamais hésiter à déclarer une urgence même pour une fausse alerte. Malheureusement jamais au cours de mes différentes formations je n'ai profité de tels conseils de la part de nos instructeurs.
- Du coup le pilote a du faire un tour de piste très long à Zurich
augmentant les risques d'aggravation de sa panne électrique au cours de
la percée ce qui n'est vraiment pas bon.
- De plus s'intégrant au milieu de gros jet liners il a dû garder 160kt
en final ce qui impliquait de prendre un vario de 900 ft/mn sur le
glide, l'arrivée se faisant avec du vent arrière. Il est très difficile de
tenir un tel vario sur le glide dans un Cirrus. Encore plus en situation
de stress...
- C'est une hypothèse, mais pour moi le pilote est passé ainsi involontairement au dessus du glide sans comprendre exactement
pourquoi ni comment. Ce qui explique qu'il ait d'abord reporté qu'il
était "établi" puis ensuite confirmé au contrôleur qu'il n'avait pas le
glide, probablement en déflexion complète vers le bas.
- il n'a pas remis les gaz comme le lui demandait le contrôleur mais a
demandé à poursuivre en VFR car il était en vue du sol.
Ici le facteur
humain est bien connu, c'est le même qui fait percuter les minima et
vouloir trouver la piste, surtout en cas de problème dans l'avion et/ou de mauvaise conditions météo, pour
atterrir le plus vite possible. Nous devons vraiment toujours nous
forcer à remettre les gaz sur des critères automatiques, sans
réfléchir. Déflexion complète du glide ou du loc, arrivée aux minima
doivent être considérés comme des barrières infranchissables et nous
devons les visualiser mentalement comme des "alertes rouges". Mon
expérience lors de percées en IFR "dur" est qu'il n'est pas facile de
suivre ce précepte...
- Enfin le pilote a voulu atterrir sur la piste 14 comme autorisé alors
qu'il s'était retrouvé au dessus du seuil de piste 06. Faisant du coup
des manœuvres périlleuses à proximité du sol. Dans une situation comme
celle-ci quand on voit une piste il est plus sûr de la prendre même si
on risque de se faire "gronder" par le contrôle ensuite. D'autant que
le Cirrus est un avions très facile et très tolérant en mania mais peut
d'un seul coup décrocher brutalement sur l'aile. Cette expérience a été
décrite plusieurs fois et je l'ai moi même vécu lors d'exercices de
décrochages au cours d'un BFR en Floride.
Une manière inconsciente de nous "défendre" contre une telle tragédie est de nous persuader que cet accident étant dû avant tout à une erreur humaine, notre entraînement et nos capacités nous mettent à l'abris d'un tel désastre. Dans ce cas précis il est pourtant clair pour moi que j'aurais probablement fait les mêmes erreurs...
Fly safe!
Posted
18 Sep 2009 17:06
by
Denis Pariente