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Perspective

J'ai pu voir fonctionner l'avionique du Cirrus Perspective en vol IFR réel grâce à Jérome Paillard qui m'a gentiment invité à monter en place droite dimanche dernier pour faire un POGO Toussus-Pontoise aller et retour.

J'ai donc pu admirer dans la vraie vie le Garmin 1000 du CP, équipé complet avec un ADF, un DME et le yaw damper.

Accessoirement c'était la première fois que je volais dans un G3. J'en ai donc profité pour refaire le tour de toutes les modifications visibles par rapport au G2.
Toutes ces modifs extérieures et intérieures sont vraiment un plus, une amélioration par rapport aux modèles antérieurs, en particulier la finition intérieure, le dièdre de l'aile et l'absence de conjugaison aileron/palonnier, la réduction de l'empâtement du train et la surélévation de l'avion, l'éclairage, le système TKS et les carénages de roues. Sur ce dernier point il reste encore cependant des progrès à faire pour améliorer l'esthétique et l'aérodynamique...

Sur cette version avec moteur atmosphérique, le problème de l'huile sous le ventre n'est manifestement toujours pas réglé :

Après cette pré-vol soigneuse nous demandons la mise en route.
Dès le démarrage l'ambiance est vraiment "technicolor" dans le cockpit : ces écrans 12 pouces sont grands, lumineux et très lisibles. Par rapport à un G1000 "classique" dans un Cessna ou un Mooney la taille des écrans du CP est d'un apport important :  on a du mal à lire les écrans plus petits des G1000 à cause de la taille des caractères ; ce n'est pas le cas sur le CP.

La possibilité d'enregistrer un profil particulier pour chaque pilote s'avère être une option vraiment sympa en cas d'utilisation multi-pilotes. Je me souviens encore des problèmes que pose l'exploitation d'un simple GNS530 dans un avion de club ; à chaque vol il faut reconfigurer la plupart des modalités (track-up, declutter, champs des paramètres de vol affichés) sans parler parfois des unités, de l'heure etc.

La prise en main du Perspective pour un pilote habitué au GNS430 est vraiment très rapide. Il y a bien sûr un temps d'adaptation pour trouver de façon "médullaire" la place des boutons de réglages de l'alti, des fréquences com et VOR, du code transpondeur mais ces fonctions de bases sont intuitives.
De plus la logique Garmin est toujours la même (l'antilogique devrais-je dire car il faut se souvenir des efforts que nous avons du déployer initialement pour apprendre à nous servir de ces machines anti-conviviales) pour les fonctions de bases de navigation. Vraiment aucun problème pour entrer un plan de vol, sélectionner un départ standard ou une approche, faire un GoTo. Il faut simplement acquérir le réflexe de se servir du clavier alphanumérique car il aide et simplifie ce type de travail.
De même les fonctions de base du MFD : Engine Monitoring, moving-map, accès aux cartes d'approches sont intuitives et ne demandent aucun apprentissage spécifique pour un pilote ayant déjà utilisé ce type de matériel.

Parfois bien sûr la présentation est touffue et l'on arrive aux limites d'un système intégré où toute l'information est regroupée sur un seul écran. On se prend alors à regretter la souplesse que donne 3 écrans séparés permettant de diviser l'organisation de l'information et donc l'organisation de son travail en particulier en cas de risque de surcharge :

 

Dès que l'on rencontre une situation sortant un peu de l'ordinaire on touche du doigt la nécessité d'un apprentissage long et méthodique du système. Se servir des fonctions plus sophistiquées n'est plus du tout intuitif. Les "hards keys", les "soft keys", les multiples fonctions cachées du G1000 vous sautent à la figure dès que le pilotage sort de la routine. Au cours de ce vol j'ai eu envie de savoir ce que cachaient comme activité électrique les grains qui nous barraient la route ; l'affichage des infos du stormscope, la comparaison entre les impacts en "mode strike" et en "mode cell" m'ont paru difficiles à trouver alors que j'étais en place droite, sans la charge de travail du pilote.

 

L'impression est la même du côté du PFD. La prise en main est immédiate, les informations sont accessibles de façon intuitive, la lisibilité excellente.
L'utilisation des fonctions de base ne pose pas de problème d'apprentissage : affichage d'un VOR, d'un ILS, du GPS, utilisation en manuel ou avec le PA, suivi de l'ILS.
Tout cela ne pose pas de problème de prise en main.
Le saut qualitatif de ce PFD est une véritable révolution, ce qui n'était pas le cas du PFD de l'Avidyne. Ce dernier bien sûr concentre de façon spectaculaire et sur un même écran les informations des 6 instruments antiques. Mais il ne change rien à l'information fournie ni au pilotage. L'horizon est beaucoup plus grand certes, mais le HSI ne donne rien de plus qu'un Sandel voire qu'un HSI mécanique. L'anémomètre et l'altimètre du PFD Avidyne ne donnent rien d'autre que la vitesse et l'altitude, soit les même informations que les instruments classiques.
Sur le PFD du Garmin l'ambiance est tout autre. Pas tant pour le SVT (voir rouge le sommet des montagnes ne change pas la manière de piloter en IFR et en VFR à mon avis) ni la magnifique piste qui saute à la figure lorsqu'on est aligné prêt à décoller...
Par contre le rond vert (Flight Path Indicator FPI, sorte de vecteur vitesse) et les boites vertes (Highway In The Sky HITS) sont une véritable révolution, un chambardement de notre manière de piloter :

Ces deux fonctions nous font plonger dans un autre monde, celui du pilotage du XXI° siècle, elle transforme l'avionique du Cirrus en avionique de Boeing 777. En effet elles indiquent une tendance du vol, elles permettent d'anticiper la position de l'avion en intégrant la notion d'énergie.
En VFR on pilote en finesse en regardant très loin devant afin d'anticiper. Toute la finesse du pilotage repose sur ce positionnement du regard, loin devant, permettant d'anticiper.
En IFR avec un HSI classique mécanique ou électronique, on a une vision à plat sans pouvoir anticiper. Il faut apprendre à modifier la trajectoire dès que l'on constate une variation de la barre de tendance ; cet apprentissage est long, difficile et nécessite un entrainement constant. C'est seulement à ce prix que l'on est capable de piloter en IFR à la main, sans faire l'essuie-glace autour de sa trajectoire...
Le vecteur vitesse et les boites dans le ciel rassemblent toutes les informations de trajectoire, de vitesse, d'assiette, de vent et de dérive et permettent de visualiser la trajectoire future de l'avion. Le FPI est vraiment génial, c'est une représentation permanente de la différence entre l'assiette et l'incidence, la route et le cap. Et c'est simple comme bonjour : mettez le rond vert sur le seuil de piste et vous aboutirez sur le seuil de piste !
De la même manière si vous mettez le FPI dans les boites les plus éloignées du HITS vous anticipez sur votre énergie potentielle pour vous placer sur la bonne trajectoire, exactement comme on le fait inconsciemment en VFR en plaçant le regard très loin sur l'horizon.
C'est l'apport essentiel du Perspective, qui le met au niveau des systèmes que l'on peut voir dans les avions de lignes modernes.


Bien sûr, encore plus que pour le MFD, la multiplication des "hards keys" et "soft keys" rend l'utilisation poussée beaucoup plus difficile.
La petite carte sur le côté gauche du HSI est vraiment peu intéressante et j'aurais préféré avoir l'affichage de la route sur le HSI comme sur Avidyne ou Sandel.
Surtout l'impossibilité d'afficher simultanément les données du GPS et d'un VOR ou d'un ILS rend obligatoire l'installation d'un DME pour nous autres pauvres européens : sur un ILS il est impossible de substituer un GPS au DME. D'une façon général on regrette une nouvelle fois l'absence de cette souplesse que donnent deux GNS avec leurs deux écrans séparés dans nos vieux Cirrus.

Le Pilote Automatique est vraiment une réussite : simple, convivial. Comme le reste, pour utiliser des fonctions plus sophistiquées comme la navigation verticale on ne peut malheureusement pas se contenter d'une prise en main rapide du système...

Je retiens donc de ce vol que le Perspective est un système révolutionnaire surtout pour le Flight Path Indicator et le Highway In The Sky, spectaculaire et vraiment complet. Pour une utilisation simple la prise en main est très rapide quand on a l'habitude d'un GNS430. Pour l'utiliser en profondeur et en situation dégradée il faut par contre prendre le temps de l'apprentissage. Pour garantir la sécurité il nécessite sûrement un entrainement régulier beaucoup plus important que les systèmes antérieurs ; oublier cela c'est s'exposer au danger.

Pendant ce temps-là Jérome me ramène au dessus de Paris

Fly safe !


Posted 9 Jun 2009 22:35 by Denis Pariente

Comments

Patrice Portmann wrote re: Perspective
on 10 Jun 2009 13:32

Très joli. Comme toujours lorsqu'on avance dans la technologie, et de plus dans un système intégré on perd quelque fois en souplesse (ex: affichage du DME sur GNS#2).

Mais rien que pour HITS, SVT, FPI, GFC 700 et VNAV (que tu n'as pas évoqué) celà vaut le coup.

C'est curieux que Cirrus ait monté un ADF KR87, ca fait un peu manouche. Mooney monte un ADF Becker (je ne connais pas la référence exacte) qui est intégré au PFD au travers d'une soft key (comme le XPDR par exemple).

Fais de beau rêves Denis...

Patrick Dupont wrote re: Perspective
on 11 Jun 2009 2:50

Bonjour Denis,

Bienvenue dans le monde Perspective. Comme tu le sais je suis enthousiasmé par ce système et pour ma part j'y vois une avancée en terme de sécurité pour un single pilot IFR operation quant à la capacité de conscience de notre environnement au cours du vol.Pour ceux qui comme nous ont pratiqué le GNS 430,la transition n'est pas brutale,cependant et je suis d'accord avec toi, pour maîtriser toutes les finesses de ce système il faut garder la main et le DVD d'entraînement fourni par GARMIN le permet.

Comme tu le mentionne,je regrette aussi l'absence d'un  2e GPS indépendant comme avec le système Avydine. Mais avec le DME et la fonction BRG du HSI (pour laquelle on peut sélectionner la source) nous permet de combler la grande majorité de nos besoins en vol.

Le confort d'utilisation du HITS et du FPI en vol sont tels que je redoute de me reposer sur un oreiller de paresse et de faire de moins en moins du pilotage manuel à "l'ancienne" ... Donc je m'efforce de faire une approche sur 2 à la main sans le HITS et l'autre au PA.

La SVT ne doit pas changer notre manière de piloter mais en IFR dans la soupe,je trouve qu'avoir la vision du relief en-dessous ou aux alentours offre une situational awareness qui diminue le niveau de stress dans le cockpit et en cas d'urgence cela pourrait permettre au pilote de choisir une option peut-être plus favorable.

Je regrette que l'on ne puisse pas construire un holding sur la page du FPL car comme tu le sais,souvent notre base de données Jeppesen n'offre pas les circuits d'attente inscrits sur les cartes d'approches.Dans ces cas,back to basics avec utilisation de l'OBS en VOR ou GPS pour l'inbound course et petits calculs mental pour les trajectoires durant le circuit.

Tu n'as pas parlé du bouton Go Around,je l'ai entraîné à LFLB à plusieurs reprises et je suis impressionné par sa facilité d'emploi et l'aide apportée au pilote à un moment où les tâches sont lourdes.Cela est en grande partie possible grâce à l'AP GFC700 qui est absolument superbe,facile à utiliser,des commandes précises et des manoeuvres plutôt douces.

En parlant de boutonologie,il est vrai que d'inscrire les gestes justes quant à l'utilisation du keypad n'est pas encore tout à fait inscrit dans ma mémoire musculaire.Le keypad du FMS est un  progrès pour l'acquisition des données à inscrire ou paramètres à changer.Mais il est dommage que le clavier ne soit pas QWERTY/AZERTY et lors de changement de fréquences,ne pas oublier de taper sur la touche idoine du FMS avant d'entrer les chiffres nécessaires puis sur les touches nécessaires pour confirmer la modification sinon tout est à refaire!

Sur une de tes photos,je constate que l'AP est branché et armé pour une approche ILS,LOC établi.Avec vtf  sur le nav display vous aviez choisi une approche avec vectors to final,est-ce exact? Je pose la question car on m'a appris de ne pas sélectionner VTF dans le choix de l'approche afin de garder tous les WPT de l'approche dans le FPL actif au cas où l'ATC doit nous envoyer sur un de ces points pour des raisons de trafic.C'est ce que je fais,j'utilise le modeHDG et quand je tourne en base pour intercepter le LOC,je passe à NAV1 (LOC) sur le CDI en manuel (par sécurité).

Merci encore pour tes articles si instructifs ou divertissants dans ce log.

Au 21 à Arcachon si le travail/temps me le permettent.

Patrick

Andreas Lampart wrote re: Perspective
on 20 Jun 2009 12:27

Bonjour à tout le monde

Je me porte à l’idée d’acheter un SR22 d’occasion. Vu que la situation est particulièrement bonne aux Etats-Unis, je me pose la question si l’achat d’un CP vaut vraiment la différence énorme du prix. En plus qu’il existe beaucoup plus de modèles Avidyne sur le marché d’occasion que de CP. Je vole actuellement en VFR et veux commencer le IFR ev. avec Orbyfly. Merci pour votre feedback. Meilleures salutations de Bâle, Andreas

Denis Pariente wrote re: Perspective
on 22 Jun 2009 22:50

Bonjour Andreas,

Le Perspective amène un confort indéniable en IFR grâce aux fonctions exposées plus haut : meilleure appréciation de la situation, meilleur visualisation de la trajectoire dans l''espace, facilité d'évolution et surtout bien meilleur PA que le STech 55X que je n'aime pas beaucoup.

Savoir si ces progrès valent la différence de prix est affaire personnelle et dépend du budget dont tu disposes. Avec mon G1, antique "6 pack" ARNAV, je vais aussi loin, aussi vite et dispose d'une avionique dont je n'aurais même pas rêvé il y a seulement 10 ans ; de plus je peux emporter plus de charge utile qu'avec un CP...

Donc si ton budget est serré cherche un Cirrus "ancien", il y a encore de magnifiques affaires à faire sur le marché de l'occasion et garde tes sous pour pouvoir exploiter ton avion.

Si tu as les moyens financiers, fais toi plaisir, le Perspective t'amènera confort, facilité et aisance, c'est incontestablement une avionique du XXI° siècle.

Chaubuisson Eric wrote re: Perspective
on 13 Feb 2010 1:12

J'ai touché mon SR22 CP voici quelques semaines. (Pour faire du VFR dans un premier temps). Je confirme qu'un effort a été fait pour les finitions, contrairement à la photo du carénage du train avant.

Le pilote auto est fabuleux, ainsi que le T-CAS. La fonction vnav, et le calcul tu "TOD" (top of descent) un réel confort.

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